DECOUVRIR LES PROBLEMES DES FEMMES EN EXPLOITANT L’APPROCHE WEE.

DECOUVRIR LES PROBLEMES DES FEMMES EN EXPLOITANT L’APPROCHE WEE.

Par Prosper Hamuli Birali,

Pendant quatre jours, une dizaine d’assistants programme à l’ONG Action pour la Paix et la Concorde, APC, se sont retrouvés dans une formation organisée par Mercy Corps pour renforcer leurs capacités en promotion du genre et inclusion de la jeunesse. Plusieurs notions ont fait l’objet d’échanges et de discussions. C’est notamment le cas de ce qu’on entend par une politique comprise comme un ensemble de principes qui déterminent la mission. Elle donne les lignes directrices. La stratégie quant à elle est une série d’actions définies pour atteindre les cibles et se démarquer des autres dans un temps donné. Enfin, l’approche n’est rien d’autre qu’une action menée pour atteindre les résultats escomptés.

Justement, ce qui motive au plus haut point la participation active des agents APC c’est de réaliser qu’au bout de cette aventure, le résultat attendu de cette session de formation est un document de politique genre et jeunesse pour leur ONG APC.  Mais pour y arriver beaucoup d’autres notions intéressantes ont retenu l’attention des participants. C’est notamment le cas de la réponse à la question : « Comment détecter les problèmes des femmes ? » Si pour l’atelier la réponse demandait de faire une analyse genre, d’utiliser des approches centrées sur les femmes et de revisiter ses projets, pour le commun des mortels appliquer ces réponses s’avère être un vrai casse-tête. C’est le cas de l’exploitation de l’approche WEE, sigle défini comme ‘’Women Economic Empowerment’’. Il s’agit d’une « approche du développement économique qui s’attaque aux inégalités économiques et  sociales généralisées entre les femmes et les hommes et centrée sur l’intersection de l’égalité des  sexes et de la croissance économique en tenant compte de l’accès aux ressources et le pouvoir  pour agir et prendre des décisions économiques et autres. »

Cette approche présente d’énormes avantages pour détecter beaucoup de problèmes des femmes à l’instar de  ceux liés à la répartition non équitable des  ressources, les causes sous-jacentes des écarts d’égalité entre les sexes , etc … Elle augmente aussi la résilience économique en général à travers la réduction de l’écart  salarial généralisé entre les hommes et les femmes et aussi l’autonomisation économique  des femmes stimule la diversification économique. Enfin, elle contribue au bien-être général, y compris à des résultats positifs en matière  sociale, de santé et d’éducation. En effet, lorsque les femmes ont un meilleur accès économique et  un meilleur contrôle de leurs actifs, elles sont en mesure d’investir dans leur propre  éducation et peuvent choisir quand et si elles se marient et ont des enfants.

Les résultats de cet atelier seront exposés aux décideurs des Organisations APC et Mercy Corps

 

LES MEMBRES DES COMMUNAUTÉS SECURISENT LA TERRE PAR LES TITRES FONCIERS COUTUMIERS

LES MEMBRES DES COMMUNAUTÉS SECURISENT LA TERRE PAR LES TITRES FONCIERS COUTUMIERS

Trente-deux membres des communautés locales de la chefferie de Buhavu en territoire de Kalehe ont acquis auprès de l’entité territoriale décentralisée des actes d’occupation et d’exploitation d’un terrain coutumier en vue de sécuriser leurs terres contre toutes les tentatives des spoliations, de dépossessions et des conflits éventuels qui sont récurrents dans la communauté.

La cérémonie de remise de ces titres s’est déroulée le 04 Juin 2022 à Kalehe dans la cour royale de la chefferie. Elle a été organisée par la chefferie avec l’appui de l’ONG Action pour la paix et la concorde (APC asbl) dans le cadre de son projet Food Security Project qu’appui financièrement Mercy corps.

Cette activité marquée par la cérémonie de remise des titres avait comme objectif principal de motiver les communautés à adhérer massivement au processus de sécurisation foncière coutumière en vue de sécuriser leurs terres et contribuer dans la réduction des conflits liés au foncier dans le groupement Mbinga sud en chefferie de Buhavu, territoire de Kalehe.

Peu avant ce processus de sécurisation foncière à base coutumière, APC asbl  a lancé à partir de l’année  2008, un processus de Recherche –Action-Participative sur les conflits fonciers dans le territoire de Kalehe. Cette recherche avait révélé que l’oralité, l’opacité qui caractérisent les transactions foncières et la compétition du pouvoir de gestion de terres entre l’administration foncière et les chefs coutumiers étaient parmi les causes récurrentes des conflits fonciers dans l’entité.

Cette étude avait aussi montré que 70% des paysans de Buhavu ne disposent pas des titres ou documents attestant l’occupation de terres qu’ils occupent et exploitent. Le système d’oralité dans la gestion des terres a été à la base des plusieurs conflits dont ceux des limites, de dépossession des terres, de spoliation etc.

Ainsi, en termes de réponse à ce problème communautaire, les autorités coutumières et les leaders des communautés s’étaient lancés de plein pied depuis 2012 dans le processus de sécurisation foncière. Cette dernière passe essentiellement par trois étapes qui sont (a) la reconnaissance  des droits fonciers (participation de tous les voisins,  autorités du village et les membres de la commission d’enquête) ; (b) l’enregistrement des droits fonciers (au niveau du Groupement et ce, sur base du Procès-Verbal  de reconnaissances des droits issus de la commission d’enquête du village et la (c) la certification des droits fonciers par la Chefferie comme Entité Territoriale Décentralisée(sur base de la documentation issue du Groupement).

Grace au projet Food Security Project, la chefferie de Buhavu en collaboration avec Action pour la Paix et la Concorde a livré dans ladite chefferie jusqu’à la date du 04 Juin 2022, 93 titres fonciers coutumiers. Saluant les efforts que déploient la chefferie et Food Security Project pour la sécurisation foncière des terres des communautés, les requérants ont vanté la valeur du document :

  • « En tant que femme, je suis très joyeuse d’obtenir aujourd’hui mon certificat. Dans notre coutume, on nous racontait que même si la femme héritait ou achetait un champ ou une parcelle, elle n’avait pas droit d’accéder au document de sécurisation. Mais moi aujourd’hui, je viens de sécuriser mon champ contre toute tentative d’accaparement ou de spoliation » a déclaré madame Lwangilwa Justine, une des requérantes.
  • « Vraiment merci à la chefferie et APC pour cette initiative de sécurisation foncière à base coutumière.  Merci pour les sensibilisations qui ont été faites par les Cadres de Dialogue et médiation (CDM) dans ce sens. A la date d’aujourd’hui, ma concession est désormais sécurisée.  Ce titre que je viens d’obtenir aujourd’hui est d’une importance capitale. Sur base de ce document je peux même aller ou demander le crédit auprès d’une institution des microfinances et lancer mes activités génératrices des revenues » a avoué Monsieur Sagahara Henri.

Le représentant de APC à ces cérémonies, Innocent Bisimwa, Chef de Projet Food Sécutity Project, s’est dit satisfait devoir que les sensibilisations à la sécurisation foncière à base coutumière faites par les CDM ont produit les fruits. Pour lui, ces certificats pourront régler les conflits liés à la dépossession des terres, des limités et spoliation dans la zone de santé de Kalehe en particulier et dans la chefferie de Buhavu en général. Celui-ci a profité de cette occasion pour informer les autorités locales et coutumières, les leaders communautaires, organisations de la société civile et membres des communautés de l’évolution du processus de la réforme foncière dans laquelle la RDC s’est engagée depuis 2012 en vue de réviser la loi n° 73-021 du 20 juillet 1973 dite loi foncière.

Pour lui, la RDC s’est déjà dotée d’un document de politique foncière nationale qui lève les options parmi lesquelles la décentralisation foncière.

En avril 2022, la RDC s’est dotée d’un document de politique foncière nationale qui lève des options fondamentales qui guident l’avant-projet de la loi foncière en cours (décentralisation foncière).

Ce document important renferme les bases d’une réforme tenant compte des droits et besoins des communautés et des groupes vulnérables comme les autochtones en prévoyant dans ses options fondamentales la conciliation du foncier traditionnel et du foncier moderne ainsi que le renforcement de la participation des parties prenantes dans les processus décisionnels relatifs au foncier.

En poursuivant, il informe aux participants à la cérémonie que le document prévoit d’organiser un cadastre coutumier en insistant sur les modalités de contrôle local des opérations d’immatriculation ou de certification foncières.  En plus, qu’une commission a été mise en place pour assurer le toilettage du document portant projet de la nouvelle loi foncière qui devra suivre le processus législatif en matière d’adoption des lois avant sa promulgation par le chef de l’Etat.

Pour sa part, Claude Amani Magadju, Secrétaire Administratif de la chefferie de Buhavu, a invité toute la population de Buhavu à s’approprier le processus de sécurisation foncière à base coutumière.

La chefferie avec ses partenaires APC, Mercy Corps et les CDM vont intensifier des sensibilisations auprès de ceux qui hésitent encore afin que la sécurisation foncière soit effective dans toute la chefferie de Buhavu.

Pour clore ses propos, le Secrétaire Administratif de la chefferie de Buhavu a rappelé aux participants (membres des communautés, chefs des villages et groupements, les usagers fonciers, les services fonciers, les membres des CDM et autres acteurs locaux) que les frais d’acquisition du titre foncier coutumier restent fixés à 35 dollars américains par hectare.

Par Prosper Hamuli Birali

La visite officielle du couple royal et du Premier Ministre belges en RD Congo vient de commencer par Kinshasa, la capitale du pays. S’adressant à la Nation congolaise depuis l’esplanade du Palais du Peuple abritant le Parlement, le Roi Philippe a précisé : « Par ce voyage, nous voulons souligner que la Belgique continuera de soutenir toutes les initiatives qui contribuent au bien-être de votre pays et qui offrent au peuple congolais un surcroît tellement nécessaire de bonne gouvernance, de prospérité, de santé, de sécurité et de justice. Notre engagement vis-à-vis de la RDC reste le même : celui d’un soutien ferme à la stabilisation et la démocratisation du pays ainsi qu’au respect des droits humains. »

Du coup, tous les journaux parus à Kinshasa se sont tournés vers la classe politique pour recueillir leurs attentes par rapport à ce voyage qui inaugure une « nouvelle ère de l’Histoire entre Kinshasa et Bruxelles ». Selon ces tabloïdes, « sur les priorités de son pays, le président Tshisekedi a insisté sur le fait qu’il n’y a pas de développement sans sécurité ; il n’y a pas de stabilité sans paix. » (Quotidien L’Avenir) D’autres acteurs politiques ont plutôt espéré voir « les deux pays réparer leur passé douloureux et travailler ensemble en vue d’améliorer le futur. » (Journal La Prospérité) Dans tous les cas, «  Les échanges sur les projet de développement  et la coopération militaire constituent le point de départ de cette nouvelle page d’Histoire ». (Quotidien Forum des As)  C’est pour cela qu’il est important de « demander  au roi Philippe  de condamner  la guerre imposée à la RDC et souhaiter son implication pour un retour définitif de la paix dans l’Est du pays, région qui n’a que trop souffert des bruits des bottes et des canons. » (Africa News)

Dans le programme de son séjour rendu public, il est prévu une visite à Bukavu au Sud-Kivu ce dimanche 12 Juin 2022.  Aussitôt informé, le Maire de la ville a édicté une série de mesures pour encadrer l’accueil de l’illustre hôte qui prévoit de rencontrer le Prix Nobel de la Paix Denis Mukwege à son célèbre hôpital de Panzi et visiter l’Institut International des Techniques Agricoles en Afrique Centrale.

Comme dans ses mesures Mr le Maire enjoint à tous, entre autres, d’immobiliser leurs engins roulants, de repeindre les façades des maisons et de se masser autour de l’itinéraire à emprunter par le monarque belge et le premier ministre congolais représentant le Président de la République, la population est choquée que toutes les mesures d’embellissement de la ville qui n’interviennent jamais en temps ordinaire.

Globalement, cette visite est vécue au Sud-Kivu comme un soutien apporté par une très haute personnalité à la visibilité des réclamations portées par une population qui vient à peine de défiler dans les rues de Bukavu pour dénoncer l’agression du pays par des rebelles soutenus par un pays voisin.

En phase avec ce mouvement de revendication, dans son adresse à la Nation congolaise, le roi Philippe a dit clairement : « Il y a 62 ans, le Congo et la Belgique ont tourné une page essentielle de leur histoire commune. Depuis, votre pays a pris sa place, pleine et entière, dans le concert des Nations. Aujourd’hui vous souhaitez écrire un nouveau chapitre dans nos relations et regarder vers l’avenir, encouragé par la formidable jeunesse du peuple congolais qui ne demande qu’à valoriser ses talents. Ecrivons ce nouveau chapitre ensemble. Sans oublier le passé, mais en l’assumant pleinement, afin de transmettre à la nouvelle génération une mémoire réfléchie et pacifiée de notre histoire commune. »

Dans sa couverture médiatique du voyage officiel du Roi Philippe et de la Reine Mathilde de Belgique en RDC, la radio onusienne OKAPI  fait remarquer que : « Quelques acteurs politiques de la RDC ont salué, mercredi, 8 juin 2022, le ‘’discours sincère’’ du roi belge Philippe, tenu à l’esplanade du Palais du Peuple, à Kinshasa. Cependant, ils l’invitent à traduire ses promesses en actes concrets. Au cours de son allocution, le roi Philippe a réaffirmé au peuple congolais l’affection et l’amitié de la Belgique envers la RDC. Il a soutenu la préservation de l’intégrité territoriale de la RDC, en rappelant le combat de Lumumba pour l’unité de ce pays. ‘’L’insécurité dans l’Est de la RDC ne peut plus perdurer’’, a souligné le roi Philippe. Le Premier Vice-Président de l’Assemblée Nationale, André Mbata, estime qu’il s’agit là d’une promesse faite au peuple congolais. Selon lui, celui-ci ‘’attend maintenant voir comment la Belgique va pouvoir accompagner les promesses qui viennent d’être faites officiellement par Sa Majesté le Roi’’. »

Certains pensent également que si notre Prix Nobel lui tenait un discours de courtoisie mais plein de toutes les vérités que le Président de la République n’a pas pu lui dire, ce serait patriotiquement louable.

DEFIS ET OPPORTUNITES DES ELECTIONS 2023 EN RD CONGO.

DEFIS ET OPPORTUNITES DES ELECTIONS 2023 EN RD CONGO.

Par Prosper Hamuli Birali

En RD Congo, l’année 2023 est une année électorale. Or, depuis des décennies, la période électorale est émaillée d’actes de violences et de violations des droits humains. Que faire pour lutter pour l’éradication de cette fâcheuse tendance et avoir des élections apaisées surtout que des affrontements armés à la frontière entre le Rwanda et la RDC s’observent déjà bien avant la convocation du corps électoral ? Les deux pays s’en rejettent mutuellement la responsabilité en alléguant comme motif que l’un abrite sur son sol des rebelles qui déstabilisent l’autre.

Il se fait aussi que la même année 2023 coïncide avec le début d’une phase triennale du Programme Régional SCP / GIZ. Quel contenu donner à cette phase pour répondre aux tendances de fond du contexte dans les Grands Lacs africains ?    En effet, alors qu’à l’Est de la RDC les réseaux sociaux embrasent les esprits par une rhétorique guerrière qui renforce la psychose d’une invasion armée, l’ONG allemande Pain Pour Le Monde, PPLM, rassemble ses partenaires à Bukavu, du 31 Mai au 03 Juin 2022 pour une revue annuelle  de son intervention. PPLM étant l’émanation de l’Eglise protestante en Allemagne, l’atelier s’ouvre par une dévotion matinale, un prêche de Mgr l’Evêque, représentant provincial Sud-Kivu de l’Eglise du Christ au Congo.

35 participants, dont 14 femmes, soit 40%, sont conviés à plancher sur le thème : « Processus électoral 2023, notre contribution à la consolidation de la démocratie et la cohésion sociale en RDC. »  L’ONG Action pour la Paix et la Concorde, APC, est représentée dans cet atelier comme partenaire du Service Civile pour la Paix, SCP, de la GIZ. Par ce focus sur le processus électoral en RDC, cette occasion est une bonne opportunité pour réfléchir sur le cycle 2023 – 2026. Quelles approches, quelles thématiques pour cette phase du Programme Régional SCP / GIZ ?

Il faut partir par l’analyse du contexte. Rien que pour le Nord-Kivu, la présence et le fonctionnement d’institutions étatiques ainsi que la volonté affichée par l’autorité nationale et provinciale de faire face à la question sécuritaire sont contrebalancés par la persistance de la violence et de l’insécurité (massacres, kidnapping, …) malgré l’instauration de l’état de siège sécuritaire. Et puis, la suspension du gouvernement provincial et de l’Assemblée provinciale a pour effet une absence d’un dispositif de contrôle de l’action de l’autorité provinciale et l’arbitraire des animateurs de l’état de siège.

Dans le domaine économique, le dynamisme et la résilience économiques (boom immobilier, investissement individuel, …) et un partenariat public – privé opérationnel (routes, électrification, incubateur pour start up, pisciculture, …) sont ralentis et affaiblis par la persistance de la destruction du tissu économique au travers des attaques systématiques des convois des opérateurs économiques et le pillage des récoltes (cacao) et des ressources minières. A cela s’ajoute l’asphyxie des activités économiques par la sur taxation avec comme effet le découragement des initiatives entrepreneuriales.

Enfin, dans le domaine socioculturel, il est indéniable que la gratuité de l’enseignement primaire a augmenté la fréquentation scolaire. On observe aussi un dynamisme culturel suite aux initiatives de promotion des talents des jeunes (Festival Amani  Leo), une couverture médiatique qui arrose toute la Province, une résilience accompagnée par les Eglises ainsi que la fluidité de l’accès des populations aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Cependant, au même moment, la cohésion sociale est mise à mal par la montée de la violence comme mode de règlement des conflits et, pire encore, la prise de la drogue et la consommation courante de boissons fortement alcoolisées par les jeunes et même les enfants s’observe dans un contexte de faibles mesures d’accompagnement de la gratuité de l’enseignement qui diminue la qualité de l’éducation au Nord-Kivu. L’avenir est ainsi hypothéqué.

Cependant, après autant d’ateliers, de colloques, de Tables Rondes et de négociations autour du contexte de l’est de la RDC sans amélioration notable, où puiser encore l’énergie pour oser chercher à mobiliser des ressources en vue de poursuivre la recherche d’un meilleur avenir ? Il faut continuer encore et encore à capitaliser l’impact des actions entreprises, si minime soit-il, et construire sur les savoirs locaux producteurs de résilience pour la survie des populations qui supportent le poids du contexte. Pour Mme ANKE du PPLM, « la société civile peut contribuer à un changement permettant les élections plus justes que mérite la RDC. Avoir des élections est un droit. »

L’espoir de réussir réside dans l’existence de bonnes pratiques issues des précédents scrutins électoraux. C’est le cas notamment de :

  • Cycle électoral et lois qui régissent l’organisation des élections conformes aux standards internationaux ;
  • L’organisme de gestion des élections (CENI) est une Institution d’appui à la démocratie ;
  • Le système électoral comprend 11 élections ;
  • La sincérité des résultats est garantie par des juridictions.

Quant aux leçons tirées, retenons :

  • La contestation des élections présidentielles 2011 et 2018 sans recourir à la violence ;
  • « La RDC est championne en production de textes dont l’application pose problème par la suite» ;
  • Nombre élevé de partis politiques mais dégradation de l’indice de représentativité ;
  • « le parti présente ses candidats mais c’est l’ethnie qui vote» ;
  • Les acteurs politiques changent fréquemment de partis politiques ;
  • Les Assemblées sont des Assemblées de suppléants. Les citoyens ne se retrouvent pas dans les députés qui siègent réellement après avoir donné leurs voix à ceux qui ont choisi de laisser leur place à leurs suppléants.

« Se faire élire n’est pas une question d’idéologie mais d’appartenance à une ethnie. Les élections ne sont donc pas politiques mais identitaires. C’est un problème », s’étonne Gaudens Maheshe de la CENI Sud-Kivu.

Se pourrait-il un jour de faire participer la population à l’élaboration de la loi électorale ? Mal faites, les élections conduisent à la violence. En définitive, les maitres-mots de la gouvernance c’est la participation, la concertation et la performance dans la recherche de l’intérêt de tous.

 

 

Vers un Groupe de dialogue transfrontalier ‘’sentinelle’’ de la traversée des frontières de la RDC entre Bukavu et Kamembe.

Vers un Groupe de dialogue transfrontalier ‘’sentinelle’’ de la traversée des frontières  de la RDC entre Bukavu et Kamembe.

Par Prosper Hamuli Birali

Une fois n’est pas coutume, des bénéficiaires d’un projet,  arrêté suite à la clôture du financement, se sont rencontrés ce jeudi, 12 Mai 2022 à Bukavu, pour réfléchir sur la poursuite des réalisations communes en équipe composée de Rwandais et de Congolais comme dans le passé. Il était question d’échanger sur le nouveau visage à donner au Groupe de Dialogue Permanent, GDP, transfrontalier entre Bukavu (RDC) et Kamembe(Rwanda) en vue de lui donner une  nouvelle vie après l’arrêt des financements qui assuraient la logistique des rencontres.

  1. Des bâtisseurs de paix qui refusent de disparaitre !

« Actif depuis 2015, il est impensable que le GDP cesse d’exister alors que beaucoup de choses auxquelles il se consacrait restent à faire. Croiser les bras n’est pas non plus la solution. C’est un manque à gagner », lance d’amblée Didier Katembera. Nous sommes une Association qui contribue au rapprochement des communautés vivant dans les Grands Lacs africains et nous contribuons à la transformation des conflits qui naissent autour des activités nécessitant de traverser une frontière, soutiennent en cœur les autres participants. Et c’est lorsqu’on les entend égrener avec émotion les réalisations de leur GDP que l’on saisit toute la profondeur du cri du cœur de ces hommes et femmes qui ont la nostalgie du passé merveilleux vécu ensemble au prix du  dépassement des stéréotypes et préjugés. « Ce sont les difficultés affrontées en commun qui nous ont fait grandir après la découverte des réalités mutuelles. Et c’est en nous voyant réaliser des activités en commun que les chrétiens catholiques et protestants ainsi que l’ONG COSOPAX ont eu l’idée de monter des programmes transfrontaliers qui ont mobilisé de part et d’autres même des évêques », rappelle Mme Béatrice.

  1. Une expérience exaltante.

La fierté d’avoir contribué à un mieux-être n’est pas la moindre des raisons qu’ont les membres du GDP Bukavu-Kamembe de ne pas se décourager et perdre espoir. Tout le contraire !! Mme Béatrice est prolifique : « Je vois tout le plaidoyer que nous avons fait et qui a abouti à ne plus payer le jeton de marché délivré aux riverains, l’interdiction aux agents du service congolais d’immigration de faire payer le requérant qui sollicite de faire cacheter son passeport pour la première fois, ou encore la fouille respectueuse de la dignité humaine obtenue pour le passage de la douane à Bugarama côté rwandais. » Mme Aurélie enchaine : « Nos capacités ont été renforcées en économie solidaire, stéréotypes et préjugés, genre et mixité, lobbying et plaidoyer.  C’est le moment de mettre tout ça en pratique. » Pour Mme Suzanne, « même si les conflits persistent autour de la traversée, nous nous souviendrons toujours de l’arbre de paix que nous avons planté ensemble Rwandais et Congolais comme contribution à l’éducation à la paix et l’éveil de conscience sur la protection de l’environnement. C’est de là qu’est venu tout le débat sur le respect de la biodiversité du lac Kivu et la gestion des déchets dans la ville de Bukavu qui arrivent jusqu’à nous priver d’électricité lorsqu’ils atterrissent dans les conduites des barrages hydroélectriques qui nous alimentent. »

  1. Une vie après la fin des financements.

Avec le Covid, de nouveaux défis sont nés. « Les femmes qui font le petit commerce transfrontalier souffrent. Elles ont peu de moyens pour vivre et vendre. Comme traverser les frontières est compliqué par les mesures de lutte contre le covid, la solution trouvée, celle d’achats groupés, défavorise celles qui font de petites commandes. Elles reçoivent tantôt ce qu’elles n’ont pas commandé, tantôt des choses de mauvaises qualité, … impossible de discuter, l’argent est déjà parti et la marchandise livrée. Il faut faire quelque chose. Aller voir les services concernés comme on le faisait avant », relève Mme Aurélie. Pour Didier Katembera, « en plus des échanges dans le Groupe WhatsApp existant où il est possible d’organiser un débat et d’en tirer un positionnement sur une question cruciale, position que nous pouvons diffuser sur les réseaux sociaux, rappelons-nous que nous avons créé des clubs de paix dans les écoles à Bukavu et à Kalehe ainsi que des AVEC (Associations Villageoises d’Epargne et de Crédit) qui dépérissent. Il faut les redynamiser et aller jusqu’à créer et faire fonctionner une AVEC du GDP lui-même. » Mme Béatrice rappelle que « nous avons un document en souffrance. Me Sethi et Didier rédigeaient un document sur les instructions à respecter pour traverser une frontière. Il faut le terminer et le traduire en langues courantes. » Il y a tant de choses à faire, surtout avec les jeunes dont la conscience doit être éveillée sur les méfaits de la manipulation.

  1. S’organiser en Observatoire ? Réseau ? Association transfrontalière ??

« Mon expérience est catégorique. Il n’est pas question de créer une Association de droit mixte entre le Rwanda et le Congo. Nous avons essayé, les Rwandais nous ont dit niet. Or il faut une personnalité juridique pour accéder aux financements », clarifie Mme Aurélie parlant de son expérience avec les chorales de chants religieux qui ont tenté de s’organiser de cette manière. Il serait pourtant envisageable de réfléchir sur une charte consacrant un Réseau où évoluent des Rwandais et des Congolais affiliés à des Associations de droit national dans leurs pays respectifs.

  1. En définitive, que faire pour faire subsister le GDP Bukavu-Kamembe ???

L’Association des Maires Francophones s’est montrée dans le passé très impressionnée par cette collaboration citoyenne transfrontalière telle que la réalisait le GDP. Il se serait intéressant de relancer ces contacts. En plus, la ville de Bukavu est dirigée aujourd’hui par un Maire qui connait personnellement l’apport du GDP à la cohésion sociale transfrontalière entre le Rwanda et la RDC. Ce serait un personne ressource pour des idées constructives.

En définitive, comme le dit si bien Mme Suzanne : « redynamisé le GDP Bukavu-Kamembe peut continuer à rester la sentinelle des contacts professionnels transfrontaliers et continuer le plaidoyer pour faciliter la traversée des frontières. »

Quelle feuille de route concocter pour un renouvellement d’un espace de vigilance sur la facilitation du commerce transfrontalier dans les G rands Lacs africains ?  C’est le principal défi sur la table de bâtisseurs de paix  formés dans le cadre d’un projet de dialogue transfrontalier sans financement et qui sont au chômage aujourd’hui.

Bukavu, le 13 Mai 2022

Prosper Hamuli Birali

LA PROVINCE DU KASAÏ SE DOTE D’UN PLAN D’ACTIONS POUR LA PAIX

LA PROVINCE DU KASAÏ SE DOTE D’UN PLAN D’ACTIONS POUR LA PAIX

Par Janderson Nyembue,

Les membres des communautés du Kasaï ont élaboré le plan d’actions pour la paix dans l’espace Kasaï. Ils se sont livrés à cet exercice au cours d’un atelier tenu du 19 au 20 Avril 2022, dans la commune de Kanzala, ville de Tshikapa en province du Kasaï. Cet atelier a été organisé par l’ONG Action pour la Paix et la Concorde (APC) en partenariat avec Interpeace dans le cadre du projet « renforcer la gouvernance inclusive de la paix en RDC ».  Une cinquantaine d’acteurs venus des différentes zones d’intervention de ce projet à savoir : Kamako, la commune rurale de Kamonia dans le territoire de Tshikapa, Kakenge en territoire de Mweka et la ville de Tshikapa ont pris part à cette activité.

Dans son mot d’ouverture, le vice-gouverneur de la province du Kasaï, Gaston Nkole Tshimuanga a tenu à saluer l’approche participative et inclusive dont APC et son partenaire Interpeace ont fait usage dans ce processus. Il a de ce fait, souligné que la participation de tous ces acteurs permet d’avoir un document complet qui aborde toutes les dimensions de la consolidation de la paix et stabilisation de la province. Etant donné que la province du Kasaï et le pays sont dans une phrase post conflit, un tel travail qui défini des lignes directives pour la consolidation de la paix est très délicat et d’une importance capitale pour la province.  Gaston Nkole Tshimuanga a fait savoir que ce travail mettra en évidence les changements nécessaires et les voies à suivre pour que les autorités de la république démocratique du Congo dirigent, supervisent et facilitent les processus de consolidation de la paix à travers tout le pays en général et au Kasaï en particulier.

« Ces travaux sont d’une importance capitale pour la province du Kasaï. Comme on l’a toujours souligné, la paix n’a pas de prix. Je suis très satisfait du fait que cet atelier ait atteint ses objectifs, tel qu’énoncé dans les termes de référence. Par conséquent, j’exhorte chaque participant à s’approprier ce travail et nous nous engageons en notre tour d’accompagner le processus» a déclaré le vice-gouverneur Gaston Nkole Tshimuanga.

Pendant ces deux jours, les participants ont eu à se pencher sur :

  • les conflits déjà identifiés, leurs causes, leurs conséquences et les acteurs à la base
  • l’ Analyse SWOT (Forces, faibles, menacés et opportunités concernant notre projet)
  • l’identification des axes stratégiques d’intervention, les objectif spécifiques, résultats attendus et indicateur des résultats
  • l’identification des axes stratégiques (action, partie prenante, lieu de l’action, période indicative, responsable de la mise en œuvre)
  • le développement de la stratégie de mise en œuvre du plan ;
  • le développement de la stratégie de suivi et évaluation du plan. Réflexion sur l’implication des femmes en tenant compte de la sensibilité aux conflits ;
  • la réflexion sur l’implication des jeunes en tenant compte de la sensibilité aux conflits (Groupe 2) Stratégies opérationnelles de mise en œuvre du plan;
  • Comment engager les parties prenantes.

Ces différentes parties ont permis de produire les  plans d’action de la paix. Qui seront soumis aux autorités pour adoption.

Les participants ont à l’occasion produit des notes de plaidoyer à adresser aux autorités et partenaires techniques et financiers sur base des besoins ressentis sur le terrain dans le cadre de la paix, c’est notamment sur la question sécuritaire avec un accent sur la prise en charge des policiers, le conflit lié au pouvoir coutumier, confits transfrontaliers avec comme demande « déplacement des bornes entre la RDC et l’ANGOLA » et la note de plaidoyer sur la mise en place des recommandations de la conférence de paix organisée en octobre 2020 entre les communautés de Lulua Demba au Kasaï central et Kuba/Mweka au Kasaï.

A titre de rappel, Interpeace et ses partenaires ont dans le cadre de la mise en œuvre du projet ci-haut cité, organisé plusieurs activités notamment, la cartographie et analyse documentaire des acteurs de la gouvernance de la paix, des initiatives et meilleures pratiques de la paix et l’analyse des conflits dans les zones transfrontalières et des séances des dialogues… Ces différentes activités ont débouché sur les recommandations et plans d’action en termes d’actions à mettre en œuvre et les participants s’y sont penchés pour produire ces plans d’action et notes de plaidoyer.

Pari réussi de la mise en place du Cadre de Concertation Provincial / Sud-Kivu pour la Paix et l’appui au P-DDRCS, CCPAP

Pari réussi de la mise en place du Cadre de Concertation Provincial / Sud-Kivu pour la Paix et l’appui au P-DDRCS, CCPAP

Par Prosper Hamuli Birali

Une centaine d’acteurs publics et privés viennent d’échanger pendant deux jours, soit les 27 et 28 Avril 2022 à Bukavu au Sud-Kivu, pour identifier, comprendre et analyser les approches du P-DDRCS en application de la stratégie d’organisation des consultations et discussions en vue d’engager les acteurs concernés à promouvoir ensemble la paix et la stabilité. Le rôle de chaque acteur vient d’être défini lors de la mise en place de ce CCPAP, enrichi par la définition participative et décentralisée de la feuille de route contenant les actions prioritaires opérationnelles des entités administratives de la province, qui traduit une expression intéressée des acteurs socio-professionnels et communautaires des huit territoires et quatre villes du Sud-Kivu.

L’objectif du CCPAP étant d’appuyer le P-DDRCS dans le processus de relèvement communautaire, de développement économique et d’amélioration de l’environnement sécuritaire, il abordera aussi plusieurs thèmes transversaux et des questions telles que la justice transitionnelle ou la gestion des groupes armés étrangers. Ce qui est une ambition exaltante !

Les présentes assises s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre du projet Mchango Wetu Kwa Amani mis en œuvre par le consortium Interpeace, APC et SOFAD avec l’appui technique et financier du fond de cohérence et en étroite coordination du Gouvernement de la RD Congo.

Il sied de rappeler que « Mchango Wetu kwa Amani » est un projet-pilote de réinsertion psycho-sociale et économique encadrant 40 bénéficiaires dont 20 ex-combattants issus des groupes armés et 20 jeunes désœuvrés.

Il s’est assigné et a atteint quatre grands livrables en faveur de ses bénéficiaires, dont trois en termes d’activités génératrices des revenus que sont :

  • une décortiqueuse à la disposition des activités agricoles de production du riz et du maïs dans la plaine de la Ruzizi ;
  • Le montage, par la communauté, d’une savonnerie et une cantine avec des produits divers ;
  • La création d’une Coopérative Communautaire pour la population de la Cité de Kiliba en Territoire d’Uvira dénommée « Tujenge Amani » accompagnée par des mutuelles de solidarité mises en place par ce groupe de quarante jeunes pour un processus de relèvement socio-économique de leurs ménages ;
  • La mise en place, suivie de leur formation, des groupes communautaires de sociothérapie pour un processus de construction progressif de la confiance individuelle et collective.

Le Consortium « Mchango Wetu kwa Amani », qui espère mériter encore plus la confiance des partenaires, note avec satisfaction cette avancée du processus, depuis sa création par le Président de la RDC aux consultations, à l’adoption, au lancement de la stratégie Nationale et sa vulgarisation jusqu’à l’étape actuelle de la mise en place participative des Cadres de Concertations Provinciales pour la Paix et l’Appui au P-DDRCS. Ce processus qui s’engage sur la voie de la décentralisation consacrée par les textes réglementaires de la RDC constitue un gage pour l’appropriation et l’engagement communautaire.

Le consortium espère ainsi voir se matérialiser les engagements des autorités étatiques par la mise à la disposition des Organisations de la Société civile, des ressources nécessaires pour la mise en œuvre des actions définies dans le plan provincial opérationnel.

En tout état de cause, la cellule de communication a du pain sur la planche pour emporter l’implication totale d’une communauté qui voit le gouvernement de son pays jouer sur plusieurs tableaux à la fois en se lançant en même temps dans l’état de siège, le P-DDRCS, la négociation avec les groupes armés à Nairobi et une Table Ronde sur la cohabitation pacifique à Lubumbashi pour des solutions durables et définitives aux défis de la cohésion sociale et de la sécurité en même temps que le ‘’Plan de développement des 145 Territoires’’ la sollicite tout autant que les partenaires d’appui à toutes ces initiatives.

LA REINTEGRATION COMMUNAUTAIRE A KILIBA DES DEMOBILISES PAR LES ACTIVITES GENERATRICES DE REVENUES

LA REINTEGRATION COMMUNAUTAIRE A KILIBA DES DEMOBILISES PAR LES ACTIVITES GENERATRICES DE REVENUES

Par Aimé Kikalage

20 démobilisés des groupes armés et 20 jeunes à risques de la cité Kiliba, territoire d’Uvira, Province du Sud-Kivu en RDCongo ont bénéficié des Activités Génératrices des Revenues (AGR) collectives à savoir : Une unité de savonnerie, Une unité de super marché et une machine décortiqueuse pour les activités rizicoles. Avec l’appui financier des Fonds de Cohérence pour la Stabilisation et en parfaite conjugaison avec le Gouvernement RDCongolais, le consortium des ONG Action pour la Paix et la Concorde (APC) – Interpeace – SOFAD ont mis en œuvre des activités qui s’articulaient sur trois grands livrables à savoir : 1) analyse des attentes des « leaders » des groupes armés vis-à-vis du DDRCS, 2) les données pour l’élaboration de la stratégie DDRCS et 3) expérience pilote des AGR pour un DDRC-S. En plus, de ces AGRs collectives qui coutent 45 mille dollars, les 40 bénéficiaires ont reçu chacun un fonds de 100 dollars afin de démarrer les AGRs individuelles connectées aux AGRs collectives.

Cet accompagnement vise à soutenir la réintégration psycho-sociale et économique  des démobilisés et jeunes à risques et renforcer la cohésion sociale dans la cité de Kiliba en territoire d’Uvira. L’appui s’inscrit dans le cadre d’un projet piloté connecté au projet Mchango Wetu kwa amani mis en œuvre dans les territoires d’Uvira, Fizi et dans Itombwe en territoire de Mwenga. C’est dans le cadre de ce même projet que le consortium APC-SOFAD-Interpeace, a produit un draft d’une stratégie provinciale sur le Désarmement, Démobilisation et Réinsertion Communautaire des groupes armés. Cette Stratégie a été restituée à la coordination nationale du Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation (DDRCS) pour enrichir ainsi le processus de la stratégie nationale de DDRCS. APC, mène d’autres actions humanitaires en faveur de la protection et la paix dans les territoires de Kalehe, Kabare, Shabunda, Walungu au Sud-Kivu, dans le territoire de Walikale au Nord-Kivu, dans les Province du Kasaï et Ituri.

APC intervient aux côtés d’autres acteurs, dans la région de Bunyakiri en territoire de Kalehe province du Sud-Kivu, retenue comme une zone pilote de l’approche NEXUS ou se coordonne à la fois, des activités humanitaires, de stabilisation et de développement.

Déconstruire les manipulations dans les Grands Lacs africains : mythe ou réalité ?

Déconstruire les manipulations dans les Grands Lacs africains : mythe ou réalité ?

Par Prosper Hamuli Birali

Pendant deux jours, une vingtaine d’acteurs de paix de Goma et de Bukavu, au bord du Lac Kivu, viennent d’échanger à Bukavu sur les manipulations dans les Grands Lacs sur invitation de l’ONG Action pour la Paix et la Concorde, APC. En effet, la manipulation des jeunes figures en bonne place sur la liste des plus grands facteurs diviseurs auxquels s’attaque le Programme Régional SCP/GIZ dont APC et ses partenaires sont en train de réaliser les activités. Pendant deux jours, il s’est agi d’une analyse participative des capacités d’action pour peser sur les facteurs des conflits et renforcer les forces pour la paix. Au final, il fallait identifier les stratégies de manipulation en cours ainsi que les mécanismes de leur déconstruction en vue d’un éveil des consciences sur les techniques et pratiques d’influence qui sont à l’origine des situations néfastes mais évitables vécues dans les Grands Lacs africains.

Qui sont les manipulateurs ?   

L’actualité de ce premier trimestre 2022 fourmille d’histoires de manipulations. De la guerre en Ukraine à l’incursion des rebelles du M23 sur le sol congolais, la désinformation bat son plein. La liste des personnes et catégories impliquées dans la domination, l’exploitation et l’aliénation du peuple congolais est tellement longue et étendue qu’il faut un critère pour espérer agir et produire un résultat quelconque sinon le risque est grand de retrouver tout le monde sur la liste des manipulateurs. De ce fait, il est important de se dire que toute catégorie de personnes dont les qualités l’emportent sur les défauts doit être classée parmi les influenceurs positifs dont il convient de se faire des alliés dans l’action de déconstruction des manipulations. Ce qui veut dire aussi que ce sont finalement ceux dont les défauts dépassent de loin les qualités que nous retenons stratégiquement comme manipulateurs. Ils sont les cibles de notre action.

Que faire pour déconstruire les manipulations dans les Grands Lacs en Afrique ?

« La lutte contre la désinformation par les médias, entendue comme action délibérée de diffuser une information fausse, des images trafiquées ou des films / émissions présentés comme vraisemblables pour influencer le comportement des cibles, est rendue difficile en RDC par l’absence d’une loi de régulation des réseaux sociaux et surtout celle d’équipements techniques », soutien Me Denoé de Goma.  Faut-il commencer par édicter une loi ou s’équiper ? « Bien sûr nul n’est censé ignorer la loi. Mais, qui achète le Journal Officiel pour être au courant des lois promulguées ? », se demande Daniel de Bukavu. « Quelles sont les responsabilités pénales de l’administrateur d’un groupe WhatsApp ? C’est dans les réseaux sociaux qu’un pasteur a prédit la victoire de Shadary aux élections présidentielles 2018. Un autre a donné le score de 3-1 en faveur de la RDC contre le Maroc dans un match de foot. A qui imputer les crises cardiaques qui ont suivi les échecs enregistrés contrairement aux prédictions des pseudos hommes de Dieu ? Si les administrateurs des groupes WhatsApp savaient qu’ils risquaient des poursuites judiciaires, ils n’auraient pas diffusé », fait remarquer Suzanne de Goma. Il faut donc y réfléchir. Justin de Bukavu ajoute : « De l’autre côté, ce sont les réseaux sociaux qui nous rapportent les mésaventures des victimes du système ‘’Mujakazi’’, ces prophétesses qui font condamner des innocents à la justice populaire. C’est aussi là que nous avons appris l’histoire de ces élèves qu’un pasteur avait maintenu dans une chambre de prière toute la nuit et le jour venu ils sont allés dormir dans la salle d’examen. »

Il ressort alors des réflexions effectuées en carrefours qu’il est possible que celui qui se découvre victime de manipulation, au lieu de rester paralysé par la honte, peut avoir un sursaut d’orgueil et :

  • S’entourer d’amis ou de personnes de confiance ;
  • Contrecarrer le manipulateur en s’affirmant (dire « non ») ;
  • Savoir être à l’écoute de soi et garder un esprit critique ;
  • OSER Agir pour tenir à distance le manipulateur ;
  • S’aimer, s’affirmer, bref avoir une image positive de soi.

Les mêmes travaux de confrontation de points de vue espèrent éveiller la conscience des acteurs de paix en décortiquant les techniques de manipulations à reconnaitre pour saisir l’ampleur du défi.

Comment procèdent les manipulateurs ?

  • Epuiser la résistance par des mensonges, moqueries, intimidation, insultes, harcèlement et aller même jusqu’à la torture ;
  • Proposer une alternative apparemment plus attrayante et totalement nouvelle et pour cela, d’abord empêcher tout contact avec ses amis ou sa famille ;
  • Récompenser la victime une fois qu’elle a ‘’plié’’ ;
  • Introduire la victime dans une nouvelle façon de raisonner ;
  • Tester la soumission de la victime.

« Noam Chomsky pourrait nous en dire plus », nous informe Elie de Goma.

Et voilà qu’au dernier sommet des chefs d’Etat de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est tenu à Nairobi en avril 2022, le Président de la RDC fait une sortie inhabituelle : « A ce sujet, il me semble à l’évidence impensable de croire qu’un pays de la sous-région des Grands Lacs peut prospérer dans la paix et dans la sécurité et se stabiliser durablement tant que son voisin est en ébullition et surtout si ce pays sert de base arrière à des groupes armés ou encore en devient le parrain. Pour la petite histoire, il est tout de même incompréhensible que ceux qui, de l’autre rive de la Méditerranée et d’Outre-Atlantique, ne s’appellent jamais frères soient plus solidaires entre eux que nous autres africains qui aimons affectueusement nous appeler frères. » Cette adresse décryptée, révèle que certains citoyens sont utilisés contre les intérêts de leur pays.

Les suggestions des jeunes réunis à Bukavu sont-ils de nature à produire des effets contre les manipulations de ce niveau ? Elles ont au moins le mérite d’avoir été exprimées. C’est entre autres de :

  • Identifier clairement les manipulateurs ;
  • Faire le monitoring des preuves trouvables ;
  • Organiser des tribunes d’expression populaire ;
  • Avoir le courage de dénoncer clairement le manipulateur ;
  • Prendre ses distances avec les manipulateurs ;
  • Construire la trilogie : – Reconnaissance – Dénonciation – Pardon accordé et reçu ;
  • Sensibiliser la communauté sur la vulnérabilité aux manipulations.

En définitive, si chaque citoyen ou chaque communauté pouvait prendre position pour déconstruire les manipulations à son niveau, certainement que les effets de ces actions mises côte à côte se liront au niveau global des trois pays des Grands Lacs et le mythe deviendra réalité.

SURVIVRE OU DISPARAITRE DANS L’EAST AFRICAN COMMUNITY. Point de vue des femmes et des jeunes à l’Est de la RDC.

Par Prosper Hamuli

 Au cours de la deuxième semaine du mois d’avril 2022, des femmes attendant d’être reçues en audience par le Premier Ministre en visite officiel à Goma discutent. Masika Kighana Espérance de la FEC / Nord-Kivu attaque : « Vous allez voir. Dès que les histoires de EAC (East African Community) commencent les marchandises vont se déverser sur nous, tu n’as pas idée ! Et pourtant les autres refusent nos choses au motif qu’elles ne sont pas aux normes. Moi je vois le jour où nous ne serons plus capables d’acheter parce que nous n’aurons pas d’argent du fait que nous ne vendons pas. » Eudoxie Nziavake, femme entrepreneure de Goma, lui répond : « Ma chère, j’ai demandé à nos collègues du Rwanda comment elles font. Elles m’ont dit que c’est leur gouvernement qui avait négocié avec la GIZ une formation sur la standardisation. Si les nôtres aussi nous forment sur cela c’est fini. Nous avons tout mais ne savons pas le valoriser. Les autres vont en profiter pour faire de nous leur marché même pour les choses à jeter. Tu vois ça ! » L’ingénieur K’Entwali Paidris, Commissaire Provincial des scouts du Sud-Kivu, ne voit pas les choses de la même manière : « Allons seulement ! L’homme se découvre quand il se mesure à l’obstacle. Laissez les Kényans, Rwandais, Tanzaniens apporter leurs productions ici. Nous serons obligés d’apprendre comment ils font. Quand le Kenya et la Tanzanie semi désertiques vendent la nourriture aux forestiers congolais ils leur ouvrent les yeux sur les opportunités d’exploiter les terres sur lesquelles ils dorment. » Jackson Kalimba, Président urbain de la Société Civile à Bukavu pense que : « Le business for peace c’est la solution du fait que gagner de l’argent dans les échanges économiques transfrontaliers établit entre clients et fournisseurs un dialogue qui déconstruit les stéréotypes et la stigmatisation, rétablit la confiance mutuelle et donne plus de chance à la naissance d’amitiés entre peuples. » Le chemin est donc encore long pour que les Congolais soient conscients des réels opportunités et défis apportés par l’appartenance de leur pays à plusieurs blocs intégrateurs en Afrique, dont la récente adhésion à l’EAC.