LUTTER CONTRE L’EPUISEMENT PROFESSIONNEL, UN IMPERATIF DE SURVIE

Pendant 3 jours à Bukavu au Sud-Kivu, une douzaine d’agents du Rwanda, du Burundi et de la RDC délégués par des Organisations de la Société Civile, dont Action pour la Paix et la Concorde, APC, ont réfléchi sur les souffrances causées par le travail, atelier animé par des psychologues disponibilisés par l’asbl Réseau Associatif pour la Psychologie Intégrale (RAPI) basée à Bukavu. Cet atelier, facilité par le Service Civil pour la paix de la GIZ, a démarré sur le constat que, tout au long de l’année, le travail en général génère du stress et, en particulier, l’accompagnement de la transformation des conflits peut parfois conduire à des traumatismes. C’est pourquoi, le but du travail étant de procurer le bien-être au travailleur et à son environnement social, il convient d’acquérir des techniques pour maintenir ou rétablir son équilibre mental tant que c’est possible de gérer soi-même la situation. Sinon, quand la situation génère le stress et que ce dernier conduit au traumatisme, la personne qui le subit doit se faire aider par des professionnels de santé mentale pour s’en sortir.

Le débriefing émotionnel.

 Comment prendre soin de soi-même pour déstresser ? Comment se détendre ? Comment remettre ses émotions à un degré acceptable après un évènement stressant ? Il faut trouver un moyen de les faire sortir à l’extérieur à l’aide de la parole. Justement, le débriefing émotionnel en donne l’occasion en tant que technique qui aide à verbaliser ses émotions et à exprimer ses préoccupations personnelles.

En effet, s’occuper des problèmes des autres est en soi traumatisant et peut amener jusqu’à perdre le goût de la vie dans le cas où la personne qui écoute l’autre est tellement affectée par ce qu’elle entend ou observe qu’elle se met dans la peau de la victime avec une telle empathie que son propre cerveau reproduit les stimulations des mêmes effets des souffrances que celles de la victime première. C’est pourquoi il est vivement conseillé d’évacuer ses souffrances à l’aide de la parole qui met des mots sur elles et les rend visibles au lieu qu’elles restent inconscientes. Sinon le corps manifeste par des réactions physiques les effets des évènements traumatisants qui sont paralysants à partir du moment où le cerveau les restitue à l’improviste parce que le bien-être santé mental est perturbé.

pour cela qu’une séance de débriefing émotionnel a le rôle d’ouvrir les plaies qui rongent la victime de l’intérieur. Raison pour laquelle il est préférable qu’elle soit menée par des personnes formées pour cela au risque d’aggraver les blessures intérieures de la victime ou d’être soi-même affecté. De ce fait, bien que le stress soit naturel et normal et serve à alerter la personne, le but de reconnaitre le stress est d’éviter que tous ses symptômes ne s’accentuent jusqu’à tomber dans l’épuisement professionnel.

Travailler sous stress !

Plusieurs entreprises répercutent sur les travailleurs la pression de la concurrence ou de la recherche des financements. Voulant satisfaire le Conseil d’Administration ou l’Assemblée des actionnaires, les dirigeants mettent la pression sur les agents sous leurs ordres et demandent toujours plus en termes de production, de rendement, d’efficacité, bref de compétitivité. L’agent sous pression ne connait plus de repos. Il a des angoisses, la terreur et n’a plus d’énergie. Il n’a plus envie de rien faire, plus de courage et, parfois, il finit par se déconnecter de sa vie familiale et sociale. A ce niveau, être optimiste ou partager sa situation avec ses collègues ne lui suffit pas.  Son cerveau se rebelle et ne lui donne plus de nouvelles idées au moment même où il perd petit à petit le goût de la vie. Dans les cas extrêmes, cela conduit jusqu’au suicide. La santé mentale n’a pas de prix. Le cerveau humain a des limites. Vouloir satisfaire à tout prix aux ordres peut mener à l’incompétence. Et c’est là que les professionnels de la santé mentale font remarquer que : « le bureau que tu occupes aujourd’hui, quelqu’un d’autre l’a occupé avant toi. Et il suffit que tu le laisses pour une bonne ou mauvaise raison pour que quelqu’un d’autre l’occupe à son tour. » Pire encore : « la souffrance qui t’attrape au travail, tu la ramènes à la maison et la répercutes sur ton conjoint, tes enfants et ton entourage. » Donc, au moment où toi tu bouscules tout pour être performant, ton corps te dit j’ai besoin de repos mais tu ne l’écoutes pas.

Préserver le bien-être santé mentale pour garder son équilibre.

Des études sur le stress en milieu professionnel ont défini le ‘’burn out’’ ou épuisement professionnel comme une fatigue mentale et émotionnelle du cerveau telle que la victime devient incapable de produire le résultat attendu dans le travail pour lequel elle a été engagée et est payée. Il est alors facile de comprendre pourquoi il est capital de reconnaitre le burn out à ses débuts et réagir suffisamment tôt pour ne pas tomber dans le cas d’épuisement professionnel qui demande des ressources difficilement accessibles dans l’état actuel de la RD Congo.

Que se passe-t-il lorsque votre travail devient insupportable ? Le travail peut-il rendre fou ? La santé mentale est un état complet de bien-être physique, mental et social d’une personne et non l’absence d’une maladie. Etre en bonne santé mentale ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problème. Seulement, la personne doit veiller à se trouver toujours à un niveau où elle peut surmonter ses difficultés. Soutenir la santé mentale au travail n’est plus une option mais une nécessité. Les facteurs de risque liés au travail peuvent nuire à la santé mentale et favoriser le développement de multiples troubles psychologiques. En effet, intervenant depuis le Kenya, la psychologue RIKE est formelle : « du côté des décideurs dans l’organisation si on ne fait pas attention à la santé mentale au travail, on risque de perdre le personnel et l’efficacité. Quant aux travailleurs, chaque individu doit faire attention à se nourrir correctement et suffisamment, dormir assez et avoir de bonne relations avec ses collègues. »

Bref, la santé mentale et les performances humaines en entreprise ne sont pas deux objectifs distincts mais deux parties de la même question.  C’est une bonne santé mentale qui permet de gérer le stress et de renforcer la résilience pour atteindre son plein potentiel. Le bien-être au travail doit donc être une priorité absolue aussi bien pour l’individu que pour ceux qui sont aux postes de responsabilité dans l’organisation ou l’entreprise.

Le chemin de la guérison.

Qu’est-ce qui donne de l’énergie ? Indéniablement, toute personne doit analyser sa situation en répondant pour elle-même à des questions comme :

  • Quelle situation me donne le plus de stress ?
  • Qu’est-ce qui épuise mon énergie mentale et physique ?
  • Où est-ce que je sens le stress dans mon corps ?
  • Quelles sont les signes de stress dans mes relations ?
  • Quel est mon comportement typique quand je suis stressé ?
  • Qu’est-ce que je ressens dans mon cœur quand je suis stressé ?

Finalement, comment prendre soin de soi-même ?

  • Rire (c’est thérapeutique) ;
  • Aider les autres ;
  • Dormir suffisamment ;
  • Etre actif suffisamment ;
  • Avoir une alimentation saine ;
  • Prendre le temps de faire des activités plaisantes ;
  • Développer des habiletés d’adaptation et de gestion du stress ;
  • Avoir des liens positifs et significatifs avec d’autres personnes ;
  • Sommeil régulier et suffisant ;
  • Limiter le nombre d’heures passées à travailler sur les tâches difficiles ;
  • Parler des cas / situations difficiles avec ses collègues professionnels mais PAS avec vos amis ou votre famille ;
  • Ne pas ramener du travail à la maison ;
  • Rechercher et obtenir de l’aide professionnelle si nécessaire.

En tant que prestataire, chacune et chacun doit porter une attention particulière à ce qui peut l’épuiser et aux signes psychologiques et somatiques de l’épuisement. Finalement, le problème n’est pas de faire une fixation sur les personnes qui sont à des postes de responsabilité mais bel et bien d’avoir un focus commun sur le travail qui ne doit pas fonctionner avec le travailleur comme une canne à sucre à sucer pour en tirer le jus sucré et la jeter à la poubelle tout de suite après.

Par Prosper Hamuli Birali.

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