DEFIS ET OPPORTUNITES DES ELECTIONS 2023 EN RD CONGO.

Par Prosper Hamuli Birali

En RD Congo, l’année 2023 est une année électorale. Or, depuis des décennies, la période électorale est émaillée d’actes de violences et de violations des droits humains. Que faire pour lutter pour l’éradication de cette fâcheuse tendance et avoir des élections apaisées surtout que des affrontements armés à la frontière entre le Rwanda et la RDC s’observent déjà bien avant la convocation du corps électoral ? Les deux pays s’en rejettent mutuellement la responsabilité en alléguant comme motif que l’un abrite sur son sol des rebelles qui déstabilisent l’autre.

Il se fait aussi que la même année 2023 coïncide avec le début d’une phase triennale du Programme Régional SCP / GIZ. Quel contenu donner à cette phase pour répondre aux tendances de fond du contexte dans les Grands Lacs africains ?    En effet, alors qu’à l’Est de la RDC les réseaux sociaux embrasent les esprits par une rhétorique guerrière qui renforce la psychose d’une invasion armée, l’ONG allemande Pain Pour Le Monde, PPLM, rassemble ses partenaires à Bukavu, du 31 Mai au 03 Juin 2022 pour une revue annuelle  de son intervention. PPLM étant l’émanation de l’Eglise protestante en Allemagne, l’atelier s’ouvre par une dévotion matinale, un prêche de Mgr l’Evêque, représentant provincial Sud-Kivu de l’Eglise du Christ au Congo.

35 participants, dont 14 femmes, soit 40%, sont conviés à plancher sur le thème : « Processus électoral 2023, notre contribution à la consolidation de la démocratie et la cohésion sociale en RDC. »  L’ONG Action pour la Paix et la Concorde, APC, est représentée dans cet atelier comme partenaire du Service Civile pour la Paix, SCP, de la GIZ. Par ce focus sur le processus électoral en RDC, cette occasion est une bonne opportunité pour réfléchir sur le cycle 2023 – 2026. Quelles approches, quelles thématiques pour cette phase du Programme Régional SCP / GIZ ?

Il faut partir par l’analyse du contexte. Rien que pour le Nord-Kivu, la présence et le fonctionnement d’institutions étatiques ainsi que la volonté affichée par l’autorité nationale et provinciale de faire face à la question sécuritaire sont contrebalancés par la persistance de la violence et de l’insécurité (massacres, kidnapping, …) malgré l’instauration de l’état de siège sécuritaire. Et puis, la suspension du gouvernement provincial et de l’Assemblée provinciale a pour effet une absence d’un dispositif de contrôle de l’action de l’autorité provinciale et l’arbitraire des animateurs de l’état de siège.

Dans le domaine économique, le dynamisme et la résilience économiques (boom immobilier, investissement individuel, …) et un partenariat public – privé opérationnel (routes, électrification, incubateur pour start up, pisciculture, …) sont ralentis et affaiblis par la persistance de la destruction du tissu économique au travers des attaques systématiques des convois des opérateurs économiques et le pillage des récoltes (cacao) et des ressources minières. A cela s’ajoute l’asphyxie des activités économiques par la sur taxation avec comme effet le découragement des initiatives entrepreneuriales.

Enfin, dans le domaine socioculturel, il est indéniable que la gratuité de l’enseignement primaire a augmenté la fréquentation scolaire. On observe aussi un dynamisme culturel suite aux initiatives de promotion des talents des jeunes (Festival Amani  Leo), une couverture médiatique qui arrose toute la Province, une résilience accompagnée par les Eglises ainsi que la fluidité de l’accès des populations aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Cependant, au même moment, la cohésion sociale est mise à mal par la montée de la violence comme mode de règlement des conflits et, pire encore, la prise de la drogue et la consommation courante de boissons fortement alcoolisées par les jeunes et même les enfants s’observe dans un contexte de faibles mesures d’accompagnement de la gratuité de l’enseignement qui diminue la qualité de l’éducation au Nord-Kivu. L’avenir est ainsi hypothéqué.

Cependant, après autant d’ateliers, de colloques, de Tables Rondes et de négociations autour du contexte de l’est de la RDC sans amélioration notable, où puiser encore l’énergie pour oser chercher à mobiliser des ressources en vue de poursuivre la recherche d’un meilleur avenir ? Il faut continuer encore et encore à capitaliser l’impact des actions entreprises, si minime soit-il, et construire sur les savoirs locaux producteurs de résilience pour la survie des populations qui supportent le poids du contexte. Pour Mme ANKE du PPLM, « la société civile peut contribuer à un changement permettant les élections plus justes que mérite la RDC. Avoir des élections est un droit. »

L’espoir de réussir réside dans l’existence de bonnes pratiques issues des précédents scrutins électoraux. C’est le cas notamment de :

  • Cycle électoral et lois qui régissent l’organisation des élections conformes aux standards internationaux ;
  • L’organisme de gestion des élections (CENI) est une Institution d’appui à la démocratie ;
  • Le système électoral comprend 11 élections ;
  • La sincérité des résultats est garantie par des juridictions.

Quant aux leçons tirées, retenons :

  • La contestation des élections présidentielles 2011 et 2018 sans recourir à la violence ;
  • « La RDC est championne en production de textes dont l’application pose problème par la suite» ;
  • Nombre élevé de partis politiques mais dégradation de l’indice de représentativité ;
  • « le parti présente ses candidats mais c’est l’ethnie qui vote» ;
  • Les acteurs politiques changent fréquemment de partis politiques ;
  • Les Assemblées sont des Assemblées de suppléants. Les citoyens ne se retrouvent pas dans les députés qui siègent réellement après avoir donné leurs voix à ceux qui ont choisi de laisser leur place à leurs suppléants.

« Se faire élire n’est pas une question d’idéologie mais d’appartenance à une ethnie. Les élections ne sont donc pas politiques mais identitaires. C’est un problème », s’étonne Gaudens Maheshe de la CENI Sud-Kivu.

Se pourrait-il un jour de faire participer la population à l’élaboration de la loi électorale ? Mal faites, les élections conduisent à la violence. En définitive, les maitres-mots de la gouvernance c’est la participation, la concertation et la performance dans la recherche de l’intérêt de tous.

 

 

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