Vers un Groupe de dialogue transfrontalier ‘’sentinelle’’ de la traversée des frontières de la RDC entre Bukavu et Kamembe.

Par Prosper Hamuli Birali

Une fois n’est pas coutume, des bénéficiaires d’un projet,  arrêté suite à la clôture du financement, se sont rencontrés ce jeudi, 12 Mai 2022 à Bukavu, pour réfléchir sur la poursuite des réalisations communes en équipe composée de Rwandais et de Congolais comme dans le passé. Il était question d’échanger sur le nouveau visage à donner au Groupe de Dialogue Permanent, GDP, transfrontalier entre Bukavu (RDC) et Kamembe(Rwanda) en vue de lui donner une  nouvelle vie après l’arrêt des financements qui assuraient la logistique des rencontres.

  1. Des bâtisseurs de paix qui refusent de disparaitre !

« Actif depuis 2015, il est impensable que le GDP cesse d’exister alors que beaucoup de choses auxquelles il se consacrait restent à faire. Croiser les bras n’est pas non plus la solution. C’est un manque à gagner », lance d’amblée Didier Katembera. Nous sommes une Association qui contribue au rapprochement des communautés vivant dans les Grands Lacs africains et nous contribuons à la transformation des conflits qui naissent autour des activités nécessitant de traverser une frontière, soutiennent en cœur les autres participants. Et c’est lorsqu’on les entend égrener avec émotion les réalisations de leur GDP que l’on saisit toute la profondeur du cri du cœur de ces hommes et femmes qui ont la nostalgie du passé merveilleux vécu ensemble au prix du  dépassement des stéréotypes et préjugés. « Ce sont les difficultés affrontées en commun qui nous ont fait grandir après la découverte des réalités mutuelles. Et c’est en nous voyant réaliser des activités en commun que les chrétiens catholiques et protestants ainsi que l’ONG COSOPAX ont eu l’idée de monter des programmes transfrontaliers qui ont mobilisé de part et d’autres même des évêques », rappelle Mme Béatrice.

  1. Une expérience exaltante.

La fierté d’avoir contribué à un mieux-être n’est pas la moindre des raisons qu’ont les membres du GDP Bukavu-Kamembe de ne pas se décourager et perdre espoir. Tout le contraire !! Mme Béatrice est prolifique : « Je vois tout le plaidoyer que nous avons fait et qui a abouti à ne plus payer le jeton de marché délivré aux riverains, l’interdiction aux agents du service congolais d’immigration de faire payer le requérant qui sollicite de faire cacheter son passeport pour la première fois, ou encore la fouille respectueuse de la dignité humaine obtenue pour le passage de la douane à Bugarama côté rwandais. » Mme Aurélie enchaine : « Nos capacités ont été renforcées en économie solidaire, stéréotypes et préjugés, genre et mixité, lobbying et plaidoyer.  C’est le moment de mettre tout ça en pratique. » Pour Mme Suzanne, « même si les conflits persistent autour de la traversée, nous nous souviendrons toujours de l’arbre de paix que nous avons planté ensemble Rwandais et Congolais comme contribution à l’éducation à la paix et l’éveil de conscience sur la protection de l’environnement. C’est de là qu’est venu tout le débat sur le respect de la biodiversité du lac Kivu et la gestion des déchets dans la ville de Bukavu qui arrivent jusqu’à nous priver d’électricité lorsqu’ils atterrissent dans les conduites des barrages hydroélectriques qui nous alimentent. »

  1. Une vie après la fin des financements.

Avec le Covid, de nouveaux défis sont nés. « Les femmes qui font le petit commerce transfrontalier souffrent. Elles ont peu de moyens pour vivre et vendre. Comme traverser les frontières est compliqué par les mesures de lutte contre le covid, la solution trouvée, celle d’achats groupés, défavorise celles qui font de petites commandes. Elles reçoivent tantôt ce qu’elles n’ont pas commandé, tantôt des choses de mauvaises qualité, … impossible de discuter, l’argent est déjà parti et la marchandise livrée. Il faut faire quelque chose. Aller voir les services concernés comme on le faisait avant », relève Mme Aurélie. Pour Didier Katembera, « en plus des échanges dans le Groupe WhatsApp existant où il est possible d’organiser un débat et d’en tirer un positionnement sur une question cruciale, position que nous pouvons diffuser sur les réseaux sociaux, rappelons-nous que nous avons créé des clubs de paix dans les écoles à Bukavu et à Kalehe ainsi que des AVEC (Associations Villageoises d’Epargne et de Crédit) qui dépérissent. Il faut les redynamiser et aller jusqu’à créer et faire fonctionner une AVEC du GDP lui-même. » Mme Béatrice rappelle que « nous avons un document en souffrance. Me Sethi et Didier rédigeaient un document sur les instructions à respecter pour traverser une frontière. Il faut le terminer et le traduire en langues courantes. » Il y a tant de choses à faire, surtout avec les jeunes dont la conscience doit être éveillée sur les méfaits de la manipulation.

  1. S’organiser en Observatoire ? Réseau ? Association transfrontalière ??

« Mon expérience est catégorique. Il n’est pas question de créer une Association de droit mixte entre le Rwanda et le Congo. Nous avons essayé, les Rwandais nous ont dit niet. Or il faut une personnalité juridique pour accéder aux financements », clarifie Mme Aurélie parlant de son expérience avec les chorales de chants religieux qui ont tenté de s’organiser de cette manière. Il serait pourtant envisageable de réfléchir sur une charte consacrant un Réseau où évoluent des Rwandais et des Congolais affiliés à des Associations de droit national dans leurs pays respectifs.

  1. En définitive, que faire pour faire subsister le GDP Bukavu-Kamembe ???

L’Association des Maires Francophones s’est montrée dans le passé très impressionnée par cette collaboration citoyenne transfrontalière telle que la réalisait le GDP. Il se serait intéressant de relancer ces contacts. En plus, la ville de Bukavu est dirigée aujourd’hui par un Maire qui connait personnellement l’apport du GDP à la cohésion sociale transfrontalière entre le Rwanda et la RDC. Ce serait un personne ressource pour des idées constructives.

En définitive, comme le dit si bien Mme Suzanne : « redynamisé le GDP Bukavu-Kamembe peut continuer à rester la sentinelle des contacts professionnels transfrontaliers et continuer le plaidoyer pour faciliter la traversée des frontières. »

Quelle feuille de route concocter pour un renouvellement d’un espace de vigilance sur la facilitation du commerce transfrontalier dans les G rands Lacs africains ?  C’est le principal défi sur la table de bâtisseurs de paix  formés dans le cadre d’un projet de dialogue transfrontalier sans financement et qui sont au chômage aujourd’hui.

Bukavu, le 13 Mai 2022

Prosper Hamuli Birali

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