LES TONTINES AMELIOREES

LES TONTINES AMELIOREES : UNE SYSTEMATISATION D’UN SAVOIR ECONOMIQUE LOCAL DANS LES GRANDS LACS AFRICAINS.

Par Prosper Hamuli Birali

Chercheur Principal APC.

 

Bukavu, le 18 décembre 2015.

Au Rwanda, au Burundi comme en RDC, les gagne-petit exclus du système bancaire par la modicité de leurs avoirs et la manque garanties à proposer aux banques se sont inventé leur propre système d’épargne et de crédit. Qu’il soit appelé likirimba, ibimina, mukwate ou mulungano, ce système de collecte des petits fonds additionnés pour être remis à chacun des membres à tour de rôle est le même dans ces trois pays. Ce sont les tontines.  Les variantes locales ou selon les pays se situent au niveau de la gestion et de la destination du capital constitué ainsi que de l’appui de l’Etat au système. C’est pourquoi, systématisées, les tontines se révèlent être des voies d’insertion des pratiques locales d’économie informelle dans l’économie formelle.

 

C’est la principale raison pour laquelle la jeunesse des Grands Lacs les perçoit comme susceptibles de soutenir leurs premiers pas dans l’entreprenariat. Pour l’apprendre, la ville de Bukavu au Sud-Kivu vient d’être honorée par le séjour de 74 jeunes des Grands Lacs africains, dont 14 rwandais et 15 burundais, réunis dans le cadre du Programme Régional de « dialogue transfrontalier pour la paix dans les Grands Lacs » mis en œuvre par l’ONG suisse Interpeace et ses partenaires, dont Action pour la Paix et la Concorde (APC) basée à Bukavu et qui accueille cette jeunesse . Leurs réflexions sur l’entreprenariat comme solution au chômage des jeunes et comme approche de consolidation de la paix lorsqu’il est associé à l’éducation à la paix, ont mis en lumières les richesses cachées dans l’expérience des tontines très largement répandue en Afrique au-delà des pays des Grands Lacs.

En effet, sur la plupart des lieux de production des petits revenus, les concernés, agissant en associations, décident du montant que chacun cotise à intervalles réguliers pour alimenter une caisse gérée empiriquement. C’est pourquoi c’est d’abord sur ce dernier point que se sont concentrées les améliorations apportées au système.

Dans l’expérience rwandaise de « ibimina », l’argent est déposé dans une banque ou une caisse d’épargne qui peut accorder des crédits solidaires aux membres des tontines accompagnés par l’Etat. Au Burundi, l’expérience CECI (Communauté d’Epargne et de Crédit Internes) colle aux réalités des ex combattants sortis des groupes armés. Ces jeunes gens, après avoir été déçus par plusieurs systèmes institués, leur argent est conservé dans un caisson gardé par l’un des membres de chaque tontine. De cette façon, ils voient leur trésor qu’ils pensent protéger par le savoir-faire acquis dans les maquis quand ils faisaient partie des groupes armés locaux. La RDC quant à elle connait l’expérience des MUSO (Mutuelles de Solidarité) largement dépendantes des pratiques populaires et peu connectées au système bancaire mais accompagnée par certaines ONG.

Les avantages et inconvénients sont pratiquement les mêmes dans les trois pays. Selon Jean Claude du Rwanda, « il faut considérer que cette pratique consolide la cohésion sociale, développe le sens des responsabilités, favorise l’acceptation mutuelle, l’émulation et l’accroissement des revenus. Les difficultés sont alors générées par l’inexpérience dans la gestion, les jeunes gens étant en général profanes en matière d’entreprises. Ce qui les oblige à payer des experts alors même qu’ils ne disposent pas d’un capital initial conséquent. » Aimable Nzoyi Senga du Burundi estime quant à lui qu’il faut ajouter à cela « la valorisation de la créativité de la jeunesse et la circulation de la monnaie tout en déplorant que dans l’expérience burundaise la caisse soit parfois une source d’insécurité pour son gardien. » Développant l’expérience congolaise, Mme Espérance Hendwa fait remarquer qu’en exploitant la solidarité comme une valeur créatrice de moyens de survie, « les tontines occasionnent les rencontres de dialogue sur les problèmes de société, permettent l’échange d’expériences en matière de gestion des groupes d’épargne et de crédit et le financement d’idées innovantes en même temps qu’elles fournissent des occasions d’éducation à la paix. »

En fin de compte, pour la jeunesse des Grands Lacs africains réunie à Bukavu, l’espoir dans l’avenir se trouve dans ce système de constitution d’une épargne qui, déposée en banque, devient la caution pour les crédits accordés aux groupes solidaires qui disposent ainsi de capitaux suffisants pour démarrer des affaires rentables si les acteurs économiques sont assez formés en la matière.

Ce n’est donc pas étonnant que ces jeunes-ci demandent avec insistance au Programme Régional de les accompagner sur la voie de la formation pour qu’ils sachent ce qu’ils pourraient faire des fonds qu’ils sont capable de collecter même aujourd’hui.

 

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