DESERT DE PIERRES A BUSHUSHU

DESERT DE PIERRES A BUSHUSHU ; CŒURS DESERTS A KALEHE.

 

Kalehe, 20 Mai 2016.

La situation en Territoire de Kalehe au Sud-Kivu en ce mois de mai renvoie au désert à au moins deux points de vue. D’abord ces grosses pierres qui s’alignent sur plus d’une centaine de mètres dans l’ancien lit de la rivière lukungula et coupent le village de Bushushu en deux. Elles ont été déterrées et roulées sur les maisons aux alentours par les crues consécutives aux pluies diluviennes du début de ce mois. « C’est la quatrième fois que cela se produit et chaque fois des ménages rescapés sont laissés à la belle étoile », renseigne Adolphe Mulengabyuma un notable du lieu. Ces sinistrés et ceux d’autres victimes des catastrophes naturelles qui s’enchainent depuis deux ans dans les environs, en tout 300 familles, ont été relogés, sur instructions du Mwami, sur une partie de la plantation de Tchea querellée entre la Collectivité Chefferie de Buhavu et la société PHARMAKINA, spécialisée dans la culture du quinquina. Forte de sa logique d’application du droit positif, cette dernière vient de faire procéder nuitamment au déguerpissement des sinistrés du site de Mweya en Groupement Muhongoza. A leur tour, convaincus du bon droit de leur Chef coutumier sur les terres de sa juridiction coutumière,  les sinistrés déguerpis par les policiers le 14 Mai viennent de passer le lendemain leur colère sur les biens de la société qu’ils ont vandalisés et pillés. Le Mwami est devant le parquet pour être entendu sur ces évènements. On peut donc pratiquement dire que la situation de ces sinistrés de Kalehe a rencontré le désert dans les cœurs des dirigeants. « Déloger ainsi en pleine nuit des gens frappés par des catastrophes si traumatisantes c’est carrément comme mutiler des cadavres », se plaint le représentant territorial de la Nouvelle Dynamique de la Société Civile.

En fait, la situation de ces sinistrés trahit l’abandon dont ils sont l’objet de la part des pouvoirs publics qui leur envoient la police pour les déloger brutalement en pleine nuit au lieu de les sécuriser dans un lieu choisi et de leur fournir une aide d’urgence. Ensuite, le fait qu’ils se sont trouvés là se comprend aujourd’hui comme une manipulation dans un conflit foncier qui tire son origine de l’ambiguïté du statut des terres en milieu rural. En effet, la loi accepte que les droits réels sur les terres puissent être garantis par l’autorité coutumière pour les terres des communautés et par l’autorité administrative pour les terres domanialisées. Ce qui est à la base d’un conflit de juridiction sur les terres à la suite des effets de l’imaginaire collectif qui considère le Mwami comme le garant des droits de chacun et de l’imposition du droit positif dont les cours et tribunaux ne reconnaissent pas l’autorité du Mwami sur les terres face aux dispositions de la Loi Foncière. Enfin, un enjeu politique pourrait se cacher derrière les prétentions d’aider la population dans un environnement où des élections se pointent à l’horizon. Au final donc, le problème touche à plusieurs aspects de la protection des personnes et des biens dans un contexte de grande précarité juridique, économique, sociale et sécuritaire.

C’est pourquoi, au vu des dégâts matériels et humains causés par le recours à la violence, il est urgent de soutenir le dialogue entre les parties prenantes recommandé au Ministre Provincial en charge des affaires intérieures par l’ONG Action pour la Paix et la Concorde (APC) et prôné par la Nouvelle Dynamique de la Société Civile pour une solution durable dans le conflit foncier et la situation des victimes des catastrophes naturelles en Territoire de Kalehe. Le clauster Dialogue Inter Communautaire du Bureau de la Société Civile du Sud-Kivu vient à son tour d’émettre la recommandation au gouvernement provincial de négocier avec les grands propriétaires terriens un espace où placer provisoirement les sinistrés en attendant de leur trouver un emplacement définitif. Une telle solution provisoire, si elle venait à être appliquée, ne garantirait rien pour l’avenir des familles sinistrées, tant que les causes des catastrophes, qui surviennent depuis quelques années maintenant, ne seront toujours pas attaquées à la base !

 

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