CIZI

LA POPULATION ENTRE L’ENCLUME DE L’ENCLAVEMENT ET DES CONFLITS FONCIERS DE CIZI ET LE MARTEAU DES CATASTROPHES NATURELLES A BUSHUSHU.

Par Prosper Hamuli Birali

Chercheur Principal APC

Bushushu, le 23 décembre 2015.

La partie Est du Territoire de Kalehe au Sud-Kivu, en relations séculaires avec le Rwanda par le lac Kivu par-delà l’ile d’Idjwi, connait une situation intenable où la population voit ses moyens de survie se détériorer au jour le jour. Sur tout le littoral du lac, et spécialement à Bushushu centre situé à 87Km au nord de Bukavu, au cours de cette saison des pluies, on ne compte plus les ponts routiers emportés par les torrents et les champs dénudés par les glissements de terrain. Dans les maisons qui restent debout, les habitants vivent la peur au ventre et se précipitent dehors à la moindre goutte de pluie sur les toits et cela de jour comme de nuit. En relations économiques étroites avec les hauts plateaux voués à l’élevage et à l’agriculture qui, à la hauteur de Bushushu, sont nommés Cizi, ils ne savent plus acheter pour vendre faute d’argent.

Les habitants de Cizi, quant à eux disent ne pas être logés à meilleure enseigne. En effet, rencontrant ces 21 et 22 décembre 2015 les leaders locaux de Bushushu dans un atelier de 50 participants organisé à Bushushu centre par l’ONG Action pour la Paix et la Concorde (APC) pour « renforcer les capacités des leaders locaux en médiation au-delà des frontières dans les conflits fonciers ayant un ou plusieurs aspects transfrontaliers », ils se plaignent amèrement. Avec des paroles mesurées, un mzee raconte : « Chez nous à Cizi c’est la période de récolte des patates douces et de mise en terre de la pomme de terre. Les haricots sont en fleur. Avec une telle pluie il ne faut pas espérer grand-chose pour la récolte. Notre banque c’est la vache. Nos vaches sont atteintes par une maladie nouvelle chez nous. Ceux qui l’ont vécue avant nous au Nord-Kivu nous conseillent d’injecter aux bêtes atteintes des antibiotiques et de la novalgine. Ça marche de temps en temps !! Il y a quelques années, nous avions ouvert 20Km de route à la main, un seul véhicule a essayé d’emprunter cette route. Il a rebroussé à mi-chemin. Les malades sont transportés à dos d’hommes sur une trentaine de Km pour atteindre le centre de santé le plus proche. Nos enfants ne savent pas ce qu’on appelle école. »

Malgré ou à cause de cela, les conflits fonciers sont nombreux dans ce site et sont d’autant plus aigus qu’ils opposent des parties dont l’une peut se prévaloir de soutiens situés au-delà des frontières du pays. Au cours de ces deux jours d’atelier, les cas les plus flagrants sont nommément cités. Ils opposent en général des ex réfugiés revenant du Rwanda pour reprendre les champs occupés légalement ou non en leur absence. Il est temps de ramener la paix sociale.

Un consensus se dégage : il faut mettre sur pied un « groupe local de concertation pour la transformation des conflits. » Comme par hasard, ceci rejoint la préoccupation du « Programme Régional de dialogue transfrontalier pour la paix dans les Grands Lacs » d’Interpeace et ses partenaires qui se propose d’étendre le succès de ses Groupes de Dialogue permanent (GDP) ouverts aux frontières à l’intérieur des terres pour faire tomber les frontières mentales sources de tant de conflits.

Mathieu Muzungu  soupire : « vraiment si ce groupe voit le jour, il pourra porter nos propositions pour le relèvement économique de cette région. » Et si c’est le cas, les propositions venant de la base auront atteint les preneurs de décisions pour être traduites en mesures prises par les autorités en faveur de la population. Que demander de mieux !!!

 

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