CIBITOKE

CIBITOKE, LE PAYS DE LA BANANE SANS BANANIER

Par Prosper Hamuli Birali

Chercheur Principal APC

Cibitoke, 23 MARS 2016

 

L’ONG ZOA des Pays Bas a convié l’ONG APC de Bukavu à déléguer un participant à son atelier organisé à Cibitoke du 21 au 22 Mars 2016 pour inventorier les stratégies et pratiques des organisations locales et internationales travaillant dans la mise en place des comités de paix ou des structures apparentées et explorer les hypothèses clé qui sous-tendent ces stratégies et les choix en rapport avec les questions stratégiques dans la conception des comités de paix ou structures apparentées présentes dans la littérature scientifique.  C’était l’occasion d’observer la vie des habitants de cette partie du Burundi, qui est le prolongement naturel de la Plaine de la Ruzizi, pour comprendre pourquoi et en quoi ils ont besoin  des comités de paix.

Alors que, selon la légende, ce serait à Cibitoke que serait né le bananier qui donne le vin de banane et que de là cette plante se serait diffusée dans toute la Région des Grands Lacs, le wilt bacteria est venu décimer les plantations de bananiers qui faisaient le paysage habituel de Cibitoke réduisant à la misère des milliers de paysans qui se battent alors pour disposer de plus de terres en vue de produire et gagner plus. De ce fait, les conflits fonciers se sont accrus. Il fallait vite trouver des voies de dialogue pour restaurer la paix sociale. Des comités de paix ont été mis en place non seulement pour parler des litiges fonciers mais aussi pour réfléchir sur les alternatives de création des revenus. Ces structures sont-elles toujours pertinentes ? C’est finalement à cela qu’a été consacrée la réflexion en atelier de ce jour.

10 questions stratégiques dans la conception des comités locaux de paix ont été dégagées et discutées. Il s’agit de :

  • Promouvoir la paix ou promouvoir la justice ?
  • Promouvoir une paix négative ou promouvoir une paix positive ?
  • Travailler sur le conflit, dans le conflit ou autour du conflit ?
  • Travailler sur « une paix à la base » ou adresser « la paix généralisée » ?
  • Approche d’intégration verticale ou horizontale ?
  • Se focaliser sur le renforcement de la coutume ou sur l’application de la législation nationale et droits humains internationaux ?
  • Travailler avec les institutions de la société civile ou bien s’intéresser aux institutions étatiques ?
  • Une structure permanente ou transitoire ?
  • S’inspirer des meilleures pratiques d’ailleurs ou se baser sur les expériences autonomes ?
  • Se focaliser sur les connecteurs ou les diviseurs ?

Cela remettra-t-il le bananier sur pied à Cibitoke ? Il faudrait un projet agricole pour cela, et il y en a au moins un dans la Province qui multiplie des rejets sains qu’il revend aux paysans décidés à refaire leurs bananeraies. Mais la nécessité des comités de paix demeure pour transformer les conflits qui pourraient bloquer le relèvement économique de cette région du Burundi si fertile avec une population si accueillante malgré les conditions de vie rendues difficiles par la baisse des revenus et les méfaits de l’insécurité qui en a poussé plus d’un en dehors du pays. Pour cette raison, les variétés de bananiers vitaux dont le Burundi a le plus urgemment besoin et plus que tout sont bel et bien la paix et la réconciliation.

 

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